Le voyage de Monsieur de Lapérouse : une expédition sur ordre du Roi

Carte du voyage de Lapérouse, Jacques Liozu, 1941, Musée Lapérouse
Carte du voyage de Lapérouse, Jacques Liozu, 1941, Musée Lapérouse

Le véritable instigateur du projet de l’expédition est le Chevalier de Fleurieu, directeur des ports et arsenaux de France, sur la demande de Louis XVI. Il imagine un grand voyage dans le Pacifique sur les traces de James Cook, qui était mort à Hawaii en 1779 au cours de son troisième voyage dans le Grand Océan. Le Roi Louis XVI, passionné de sciences, souhaite que l’expédition découvre « tout ce qui a échappé à l’oeil de Cook ». Il joue, avec le Secrétaire d’État à la Marine, le Maréchal de Castrie, un rôle important dans la conception et la mise en place de l’expédition.

Louis XVI donnant ses instructions à Lapérouse, Nicolas-André Monsiau, 1817, Château de Versailles
Louis XVI donnant ses instructions à Lapérouse, Nicolas-André Monsiau, 1817, Château de Versailles

Pour Louis XVI, l’expédition imaginée est scientifique avant tout : il souhaite faire embarquer sur les navires un grand nombre de savants, ingénieurs et d’artistes, qui rapporteraient leurs découvertes en France et permettraient de compléter les connaissances scientifiques sur le Pacifique. Derrière ce but, l’expédition devait aussi permettre à la France d’imposer sa puissance maritime, notamment face à l’Angleterre, mais aussi de rechercher l’endroit idéal pour l’établissement d’un comptoir propice au commerce de fourrures sur la côte américaine.

L’expédition peut disposer, comme celle de James Cook, des instruments et de farde-temps, qui lui permettront de déterminer avec précision les latitude et longitude des lieux visités.

Lapérouse est nommé pour diriger l’expédition : c’est notamment son comportement lors de la victoire de la Baie d’Hudson qui joue un rôle important dans le choix réalisé par Louis XVI. De plus, le maréchal de Castries est lui-aussi d’Albi, où il a été élevé par son oncle l’évêque. Les instructions du Roi sont claires : il demande entre autres à Lapérouse de prendre soin de ses équipages, ainsi que des populations qu’il rencontre, dans l’esprit véritable du Siècle des Lumières.

 

Pour commander le second navire, Lapérouse désigne Fleuriot de Langle, avec qui il avait déjà combattu pendant la guerre d’Indépendance des États-Unis.

La Boussole et L'Astrolabe
La Boussole et L'Astrolabe

Comme pour les voyages de Cook, ce sont deux navires de commerce qui sont choisis pour le voyage : Le Portefaix et L’Autruche, réaménagées pour s’adapter aux besoins de l’expédition et rebaptisées La Boussole – navire de Lapérouse – et L’Astrolabe – commandé par Fleuriot de Langle. 

L’expédition embarque à son bord un grand nombre de scientifiques et d’artistes : géographes, cartographes, astronomes, mathématiciens, botanistes, naturalistes, ainsi qu’un jardinier et un horloger. Les deux bateaux emportent à leur bord chacun de plus de 110 hommes et environ 500 tonnes de provisions d’eau et de nourriture, et de matériel : de l’armement, du matériel de navigation, des instruments et du matériel scientifique, des plantes et animaux, des marchandises d’échange … Le trajet du voyage est minutieusement étudié : sur quatre ans, le nombre d’escale est choisi au mieux pour privilégier le ravitaillement. Des mesures, héritées des expéditions de Cook, sont prises contre le scorbut, fléau des marins.

L’expédition quitte le port de Brest le 1er août 1785 pour son périple au travers de l’Océan Pacifique. Après des premières escales à Madère, Tenerife, puis l’île de Sainte-Catherine du Brésil, les deux navires passent le Cap Horn en janvier 1786. 

Insulaires et Monuments de l'Île de Pâques, dessin de Duché de Vancy
Insulaires et Monuments de l'Île de Pâques, dessin de Duché de Vancy

Après une étape à Concepción, au Chili, La Boussole et L’Astrolabe se dirigent vers l’Île de Pâques, où ils accostent le 9 avril 1786. L’escale est courte : à peine une dizaine d’heures, durant lesquelles deux groupes de scientifiques, conduits l’un par Lapérouse et l’autre par de Langle, parcourent deux circuits dans le sud de l’île, faisant de nombreuses observations, semant des graines et offrant des animaux.

Lapérouse prend la direction du Nord et fait escale à Mowée, aux Îles Sandwich (aujourd’hui Maui, Hawaii), avant de se diriger vers les côtes américaines de l’Alaska. L’un des objectifs secondaires de l’expédition, au départ de France, était de fonder un comptoir de fourrures, ainsi que de trouver un passage qui permettrait de rejoindre le Pacifique et l’Atlantique, ou du moins de parvenir à la Baie d’Hudson. Cook avait précédemment fait une première tentative, infructueuse, par le détroit de Behring.

Naufrage des deux chaloupes au Port des Français, dessin de Ozanne
Naufrage des deux chaloupes au Port des Français, dessin de Ozanne

En faisant escale dans la baie baptisée Port-des-Français (aujourd’hui Lituya Bay), Lapérouse pensait trouver l’embouchure d’un fleuve qui aurait permis de pénétrer dans l’intérieur des terres, mais échoue. Le lieu peut cependant être susceptible d’accueillir un établissement français pour le commerce des fourrures. Les navires séjournent un mois dans cette baie, où les français vont à la rencontre des habitants pour la collecte de fourrures et les échanges, installés en campement d’été, et qui furent dessinés par les artistes à bord. 

Le 13 juillet 1786, l’expédition fait face à la première perte depuis le départ de Brest : lors de relevés scientifiques à l’entrée de la baie, deux canots sont entraînés par les courants, faisant 21 morts – soit presque dix pour cent de l’équipage. Après Lituya Bay, Lapérouse fait une dernière escale en Californie, à la Baie de Monterey, où l’expédition est accueillie en septembre 1786 par le gouverneur espagnol et les pères franciscains de la mission Saint-Charles.

Vue de Macao en Chine, dessin de Duché de Vancy
Vue de Macao en Chine, dessin de Duché de Vancy

L’expédition réalise ensuite une traversée complète du Pacifique, durant laquelle les scientifiques effectuent un important travail de cartographie. Ils rectifient des cartes antérieures des îles qu’ils croisent, notamment la position des Îles Mariannes, mais déterminent aussi la position des Îles Baschées et des Îles Necker, ajoutent des passages dangereux, précisent l’emplacement de certains écueils … 

Le 3 janvier 1787, Lapérouse arrive à Macao, comptoir portugais en Chine, où il fait escale pour rafraîchir et compléter les équipages après les pertes souffertes à Lituya Bay. Officiers et scientifiques achètent notamment des porcelaines, qu’ils ramèneront avec eux à bord, tandis que sont vendues les fourrures acquises par Lapérouse en Alaska. L’expédition débarque aussi Jean-Nicolas Dufresne, naturaliste, chargé de rapporter en France les différents journaux de la première partie du voyage.

Après une autre escale à Manille aux Îles Philippines, colonie espagnole, pour réparer les navires, La Boussole et L’Astrolabe prennent la route du nord. Pour la première fois, des Européens longent la côte de Corée puis cartographient la « Manche de Tartarie », dont les géographes de l’expédition nomment les grandes baies : de la baie de Castries à la baie de Ternay, ainsi que de nombreux points remarquables des côtes de Sibérie et de l’île Sakhaline – toponymes toujours utilisés aujourd’hui par les cartes russes. En août 1787, l’expédition découvre un détroit entre l’île japonaise d’Hokkaido et l’île Sakhaline, qui sera nommé plus tard détroit de Lapérouse.

Vue de Saint-Pierre et Saint-Paul au Kamtchatka, dessin de Blondela
Vue de Saint-Pierre et Saint-Paul au Kamtchatka, dessin de Blondela

Le 7 septembre 1787, les navires font escale à Petropavlovsk (Saint-Pierre et Saint-Paul au Kamtchatka, Russie), où Lapérouse, très bien accueilli, reçoit pour la première fois du courrier de France. Il apprend ainsi qu’il est nommé, depuis Versailles, au rang de « Chef d’Escadre », et de nouvelles instructions pour son voyage. L’expédition débarque Barthélémy de Lesseps, qui met une année à rentrer à Versailles par la terre ferme, ramenant avec lui de précieux documents sur la seconde partie du voyage. 

L’expédition fait ensuite route vers le sud du Pacifique, vers l’Australie, où Louis XVI a demandé à Lapérouse de s’informer des actions anglaises sur ce vaste territoire. Durant le trajet, Lapérouse perds de nouveaux des hommes, sur l’île de Tutuila (Samoa), lorsqu’une opération de ravitaillement tourne au drame : les insulaires attaquent à coups de pierre les hommes qui regagnent leurs bâtiments. Dix marins et deux officiers sont tués, dont Fleuriot de Langle, commandant de L’Astrolabe.

Après cette tragédie, Lapérouse dirige ses navires vers l’Australie, et jette l’ancre à Botany Bay. Il y croise les navires du Commodore Phillip, qui débarque les premiers déportés anglais dans la baie voisine de Port-Jackson, actuelle Sydney : ce sont les premiers colons australiens. Le 10 mars 1788, l’expédition repart : c’est la dernière fois qu’elle sera vue. 

 

Selon une lettre de Lapérouse, les navires devaient se rendre aux îles Tonga, visiter la côte ouest de Nouvelle-Calédonie, cartographier les îles Salomon, passer le détroit de Torrès, aller cartographier la côte Sud de l’Australie et rentrer en France par l’Île de France, où il espère passer en fin d’année 1788, et le cap de Bonne-Espérance.