Enfance et éducation : entre Albi et Brest

Portrait de Lapérouse, François Hubert Drouais
Portrait de Lapérouse, François Hubert Drouais

Lapérouse naît sous le nom de Jean-François de Galaup, le 23 août 1741, au château du Gô, à environ quatre kilomètres du centre d’Albi, près de Lescure d’Albigois. Son père, Victor-Joseph de Galaup, est consul de la ville d’Albi, et issu d’une famille devenue noble, au titre de chevalier, au XVI° siècle suite à son enrichissement dans la culture du pastel. Sa mère, Marguerite de Rességuier, était originaire de Sauveterre-de-Rouergue : noble elle aussi, elle était fille d’un officier du régiment de Rouergue. Des dix enfants du couple, seuls trois survivent jusqu’à l’âge adulte : Jean-François, l’aîné ; Jacquette, née un an après lui, et Victoire, de dix-huit ans sa cadette.

Jean-François de Galaup fait ses études jusqu’à l’âge de quinze ans au collège des Jésuites, situé à l’emplacement de l’actuel Lycée Lapérouse d’Albi et dont il ne subsiste du bâtiment originel que la chapelle. Il y fréquente notamment Henri Pascal de Rochegude, né la même année que lui, et qui deviendra aussi officier de la Marine Royale française.

Sûrement influencé et soutenu par Clément Taffanel de la Jonquière, un de ses parents officier de marine (originaire de Graulhet, aussi dans le Tarn, né en 1706 et mort en 1795), Jean-François entre à l’École des Gardes de la Marine de Brest en 1756. Pour y être admis, il faut être noble et il doit justifier d’un revenu annuel de 400 livres : ses parents lui offrent alors la ferme de La Peyrouse, dans les environs d’Albi. C’est à partir de cette époque qu’il ajoutera le patronyme de « de Lapérouse » à son nom.

Bataille de Quiberon
Bataille de Quiberon

Durant ses études à Brest, Lapérouse embarque plusieurs fois, sous le commandement de son parent Taffanel de la Jonquière, ou de M. de Ternay, pour des traversées de l’Atlantique avec des flottes chargées de ravitailler les anciennes colonies françaises du Canada. Il participe, en 1759, sur le navire Le Formidable, à la bataille des Cardinaux en baie de Quiberon, au cours de la guerre de Sept Ans qui fait rage tout au long de sa scolarité, de 1756 à 1763. En 1761, il participe sous les ordres de Ternay au renflouement des vaisseaux volontairement échoués dans l’estuaire de la Vilaine, où ils s’étaient réfugiées durant la bataille des Cardinaux, puis aide à les ramener à Brest à l’insu des anglais.

En 1764, à la fin de ses études, Lapérouse est promu « enseigne de vaisseau » et peut enfin rendre visite à sa famille à Albi. 

Carrière dans la Marine : de l'Île de France à la Baie d'Hudson

 

Une fois ses études terminées, la paix est revenue en France, et les emplois dans la Marine se font rares. Lapérouse navigue les côtes françaises de l’Atlantique en transportant du bois, entre Bayonne et les chantiers navals de Rochefort et de Brest, participant ainsi à la reconstruction de la flotte française après la guerre.

En 1772, le chevalier de Ternay est nommé Gouverneur de l’Île-de-France, aujourd’hui l’Île Maurice : son protégé, Lapérouse, l’accompagne. Depuis Port-Louis d’Île-de-France, Lapérouse effectue de nombreuses missions de ravitaillement dans l’Océan Indien à bord de L’Africain. En 1773, Ternay lui confie le commandement du navire La Seine, avec lequel il entreprend deux expéditions jusqu’en Inde, dont la seconde lui vaut la Croix de Saint-Louis à son retour en France. 

 

Éléonore Broudou
Éléonore Broudou

À l’Île de France, Lapérouse rencontre Éléonore Broudou, fille d’un fonctionnaire de l’île. Du fait de l’origine bourgeoise de ce dernier, le père de Lapérouse, Victor-Joseph de Galaup, s’oppose à leur mariage – ce n’est que dix ans plus tard, en 1783, que Lapérouse épousera Éléonore, à Paris, après que leur histoire ait connu de nombreuses péripéties.

Lapérouse ne rentre en France qu’en 1777, soit un an avant que la France ne rentre en guerre contre l’Angleterre au côté des colons insurgés d’Amérique. Il rejoint alors les combats, assurant le commandement de la frégate Amazone, avec la flotte commandée par le comte d’Estaing. Puis, sous les ordres de Ternay, il prend les commandes de la frégate L’Astrée, et rejoint enfin le commandement de l’amiral de Grasse, avant d’être promu capitaine de vaisseau en 1781 à l’occasion de la bataille de Louisbourg.

En 1782, Lapérouse reçoit l’ordre d’entreprendre une mission secrète, qu’il avait aidé à préparer : aller détruire, à l’aide d’une flotte de trois bateaux dont il obtient le commandement, les forts anglais d’York et du Prince de Galles de la Baie d’Hudson, qui protégeaient des comptoirs assurant le commerce de fourrure. Lapérouse, commandant pour la première fois le vaisseau Le Sceptre, est accompagné par Fleuriot de Langle, aux commandes de la frégate L’Astrée, et par La Jaille avec la frégate L’Engageante. Par la suite, Paul Fleuriot de Langle, marin d’origine bretonne né en 1744, deviendra le commandant du second bateau de Lapérouse pour le grand voyage dans le Pacifique.

Durant les batailles de la Baie d’Hudson, Lapérouse se distingue non seulement par ses réussites sur le plan de la navigation, en l’absence de cartes précises, sa réussite sur le plan militaire, mais aussi par son comportement humaniste, respectueux des vies humaines aussi bien françaises qu’anglaises ou indiennes. En effet, en repartant, Lapérouse laisse provisions et armes pour les soldats britanniques laissés sur place, leur permettant d’attendre d’être rapatriés en Angleterre. Lapérouse rencontre, parmi les soldats anglais, le gouverneur Hearn, grand explorateur de l’Arctique, qu’il respecte beaucoup.