Après Botany Bay : des nouvelles de l'expédition Lapérouse ?

 

Après Botany Bay, l’expédition de donne plus de ses nouvelles, et la date prévue de son retour passe sans aucun signe de La Boussole et de L’Astrolabe. En 1790, sous la pression des milieux scientifiques et des familles de marins, dont l’épouse de Lapérouse, l’Assemblée Nationale décide de financer une expédition à la recherche des bateaux de Lapérouse. La Recherche et L’Espérance, commandés par Antoine Bruny d’Entrecasteaux, quittent la France en 1791, pour un voyage de deux ans, au cours desquels d’Entrecasteaux succombe à une forte fièvre.

Les deux navires sont saisis par les hollandais, en guerre avec la France, et les équipages reviennent en France rapportant d’importants travaux scientifiques et relevés cartographiques, mais aucune nouvelle concernant Lapérouse et ses marins. Pourtant, l’expédition est passée près d’une île inconnue : Vanikoro, que les scientifiques avaient baptisé l’île de la Recherche. 

En 1826, un capitaine anglais du nom de Peter Dillon achète aux insulaires de Tipioka, dans l’archipel des Santa Cruz une poignée d’épée de facture française. Il apprend qu’elle provient d’une île voisine, Vanikoro, où jadis, « deux grandes pirogues » ont fait naufrage, une nuit de violente tempête.

Carte de Vanikoro de Dumont d'Urville
Carte de Vanikoro de Dumont d'Urville

 Dillon, de retour à Calcutta, persuade sa compagnie de monter une expédition afin de se rendre à Vanikoro, en 1827. Il va sur cette île rassembler un grand nombre d’objets recueillis par les habitants à la suite du naufrage des navires de l’expédition Lapérouse : des cloches, des objets en bronze … Mais aussi recueillir de précieux témoignages selon lesquels il y aurait eu des survivants : certains seraient repartis sur une embarcation de fortune quelques temps plus tard, cependant que deux d’entre eux seraient restés sur l’île, morts quelques années avant l’arrivée de Dillon.

Dépêché par la France en 1827 à bord de L’Astrolabe avec pour mission d’explorer l’Océanie, Dumont d’Urville apprend, lors de son passage en Tasmanie, la découverte de Peter Dillon. Il se rend à Vanikoro en 1828, où il recueille aussi de nombreux objets et découvre l’épave de l’un des bâtiments en suivant le récit des insulaires. Il remonte l’une des ancres du navire et quelques canons. Avant son départ, il érige sur l’île un monument dédié à Lapérouse et son expédition. 

Quelques années plus tard, en 1883, le lieutenant de vaisseau Bénier, commandant le navire Bruat, remonte de l’épave retrouvée par Dumont d’Urville des ancres et canons, déposés l’année suivante au pied du Monument à Lapérouse à Albi. 

Au cours de la seconde moitié du XX° siècle, plusieurs expéditions sont montées. Entre 1957 et 1958, Pierre Anthonioz, gouverneur français des Nouvelles-Hébrides, organise des plongées qui permettent de remonter divers objets du site de la première épave mais n’apportent pas de nouvelle découverte. 

 En 1962, Reece Discombe, un plongeur professionnel néo-zélandais habitant aux Nouvelles Hébrides qui avait déjà plongé avec Anthonioz en 1958, repère un gisement d’objets divers, comme des ancres et canons, dans une faille de la barrière de corail. Deux ans plus tard, en 1964, Discombe et la Marine Nationale collaborent pour monter une expédition dans « La Faille », d’où ils remontent un grand nombre d’objets identiques à ceux de la première épave : le second navire a été trouvé. À cet état des recherches, l’hypothèse est que l’épave trouvée par Dumont d’Urville est celle de L’Astrolabe, tandis que la seconde est celle de La Boussole

 

En 1981, l’Association Salomon est créée par Alain Conan à Nouméa. Elle souhaite, entre autres, éclaircir les circonstances entourant la disparition de La Boussole et de L’Astrolabe. De 1981 à 2008, huit expéditions de plongée sont organisées à Vanikoro, qui permettent de remonter des milliers d’objets des deux épaves, mais aussi des restes humains, dont un squelette presque complet d’un des membres de l’expédition. Une autre campagne de fouille est elle organisée sur la terre ferme, sur les lieux du camp des rescapés. 

Naufrage de La Boussole et de L'Astrolabe
Naufrage de La Boussole et de L'Astrolabe

 Les fouilles et plongées permettent d’identifier définitivement les navires : l’épave trouvée en 1828 est bien celle de L’Astrolabe, dont la coque aurait explosé en heurtant le récif corallien pendant la tempête. Le bateau n’ayant pas sombré directement, des survivants auraient pu atteindre le rivage et y construite un camp de fortune. La Boussole, dont les restes ont été identifiés dans « La Faille », se serait encastrée par l’arrière sur le rocher, le cap à l’opposé de sa route – peut-être son commandant a-t-il, au dernier moment, tenté d’éviter la tragédie, sans succès. Le navire a sombré, emportant sans doute son équipage avec lui. 

Ainsi, une partie du mystère est levé, mais de nombreuses questions restent encore sans réponse. Combien d’hommes ont survécu au naufrage ? Qu’est-il arrivé à ceux qui, selon les dires des villageois de Vanikoro, ont tenté de repartir à bord d’une embarcation de fortune ? Quelle vie ont mené ceux qui, au contraire, ont choisi de rester sur l’île ?

 

Aujourd’hui, les objets retrouvés sur les deux épaves sont dispersés entre des collections privées, le Musée de la Marine de Paris, le Musée Maritime de Nouvelle-Calédonie, à Nouméa, le Musée Maritime de Brest et, bien sûr, le Musée Lapérouse d’Albi. Ce dernier vous invite à découvrir, au fil de ses vitrines, le destin extraordinaire du navigateur albigeois, de sa naissance au cœur du Tarn à sa disparition, à l’autre bout du monde.